Diapositive 4 sur 59
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Les acouphènes forment un tout en apparence hétérogène.
Il est important, en pratique, de connaître aussi bien que possible les manifestations
cliniques, ne serait ce que pour instaurer un sentiment de confiance et de compétence
dans la relation médecin-malade. Nous nous appuyons d'une part sur les données de la
littérature, d'autre part sur une enquête personnelle à partir de 370 questionnaires
recueillis.
Il ressort de cette étude que l'acouphène, finalement, ne retentit pas systématiquement de façon dramatique sur la personnalité. En particulier, il ne génère pas d'état dépressif lourd. Ces données contrastent avec l'impression obtenue au travers des consultations.
Hétérogénéité de la description:
Il s'agit de bruit, de bourdonnements, de sifflements. Ils sont ressentis comme
intra-cranien ou intra-auriculaire d'un seul ou des deux côtés et ce ne sont pas des
hallucinations auditives.
On distingue bien: les acouphènes des hallucinations auditives, pour lesquelles ce qui
est entendu est signifiant, les acouphènes objectifs des acouphènes subjectifs, témoin
d'un bruit de fonctionnement enregistrable.
Le site de perception ne permet pas de déduire le site de la lésion. L'acouphène dans
la tête est -il le témoin d'un dysfonctionnement central?
Tout à fait exceptionnellement, ils peuvent être perçus par un examinateur extérieur
et sont dits objectifs, en rapport avec un bruit vasculaire ou musculaire. Il s'agit d'une
pathologie très spécifique.
Les signes d'accompagnement:
Si la plupart des acouphènes s'accompagnent de surdité, entre 20 et 30% (en fonction
des études) surviennent chez des sujets qui ne se plaignent pas de l'audition.
La prise en charge s'en trouve compliquée, parce que le mécanisme est encore plus
délicat à établir, mais aussi parce qu'on devra se priver d'un dispositif
thérapeutique efficace en matière d'acouphène: la prothèse auditive.
Les signes d'accompagnement sont fréquents: vertiges, douleurs cervicales,
dysfonctionnement de l'articulation temporo-mandibulaire
Ces éléments peuvent être des coïncidences ou être partie intégrante du mécanisme
de l'acouphène. Ceci est particulièrement vrai pour les manifestations de l'articulation
temporo mandibulaire avec ressaut, craquement, parfois douleurs. Compte tenu de la grande
fréquence des acouphènes et de ces manifestations, il est tentant de les réunir dans
une même physiopathologie.
Le rôle de l'âge:
L'âge est un autre facteur bien identifié de l'acouphène: l'acouphène est plus
fréquent dans la deuxième moitié de la vie. La prévalence augmenterait au moins
jusqu'à l'âge de 70 ans.
Le tableau clinique de l'acouphène du sujet jeune est souvent sévère. La situation
"d'après concert" est particulièrement mal supportée avec intolérance
majeure.
Le retentissement de l'acouphène:
Aucune circonstance physique modifie systématiquement l'acouphène. De façon très individuelle les plus souvent citées sont la position allongée, l'exposition à un son fort, le changement d'altitude, la consommation d'alcool.
Relation avec le bruit
Pour un sujet sur 5, une circonstance le diminue toujours: le bruit ou au contraire le
repos. Pour un sujet sur 3, des situations peuvent parfois le diminuer: sont alors citées
le repos, le travail manuel ou intellectuel.
Tous ces renseignements font évoquer des mécanismes particuliers: une pathologie
cervicale, tensionnelle
Le bruit déclenche l'acouphène mais aussi le calme par l'effet de masque. Les activités
de diversion améliore la tolérance.
Pour les sujets interrogés, il ne semble pas très gênant pour le travail et la vie
sociale puisque 88% répondent non (ou ne répondent pas à la question). 5% seulement
font état d'un retentissement sur ses activités.
La tolérance de l'acouphène est variable:
Les difficultés de l'endormissement constituent un point central de la tolérance. Il
y a une relation entre la gravité de l'acouphène et la gêne de l'endormissement. Plus
de 40% des patients prendraient des hypnotiques.
Au Danemark, pour une prévalence de 17% pour les hommes dans la tranche d'âge de 53 à
75 ans, 3 % disent avoir des acouphènes graves, qui influençant la vie quotidienne,
c'est à dire le sommeil, la lecture et la concentration.
Il rend nerveux et irritable chez un tiers de la population et est gênant pour la
concentration et la communication.
Lacouphène cause rarement une angoisse considérable (14%) ou encore plus rarement
constitue un problème insurmontable (6%).
Sur la grande quantité de patients porteurs d'acouphènes, le retentissement
"visible" est peu fréquent
La prise en charge des symptômes satellites
est un point clé.
En résumé vis à vis de la tolérance:
L'acouphène est considéré comme gênant (60%) ou énervant (37%). Les autres adjectifs cités dans l'ordre décroissant sont les suivants
Adjectifs par ordre décroissant Pourcentages
obsédant 29%
déprimant 20%
harcelant 19%
angoissant 16%
inquiétant 15%
exaspérant 15%
insupportable 9%
pouvant conduire au suicide 5%
Dans un questionnaire rempli par le patient, la tolérance est d'autant moins bonne que le
sujet sélectionne un plus grand nombre d'adjectifs.
Au travers de l'étude, il est possible de définir un profil moyen de l'acouphène et du
sujet de la deuxième moitié de la vie, porteur d'un acouphène.
Il s'agit d'un sifflement situé dans l'oreille nettement perceptible, évoluant depuis
plusieurs mois, sans changement sur la durée. Il est pourtant assez nettement variable en
intensité et en tonalité, involontairement, de façon plutôt imprévisible ou au
contraire lors de contrariétés, de périodes d'angoisse ou de fatigue. De façon
volontaire, s'il diminue cest par le repos ou par les activités de diversion, s'il
augmente, cest par le bruit ou le repos qui le fait plus percevoir. Il gène le
sommeil dans plus d'un tiers des cas mais la prise de sédatifs n'est pas systématique.
Il rend nerveux et irritable une fois sur 3 mais ne gène ni le travail, ni la vie sociale.
Il est surtout considéré comme gênant ou énervant mais très rarement insupportable ou suicidaire.
Lhypertension artérielle et le cholestérol sont bien identifiés comme éléments associés.
On retiendra donc la variabilité apparente de l'acouphène, la tolérance relativement bonne, l' absence d'angoisse majeure permanente, le caractère peu invalidant sur les activités, la notion parfaitement définie de gêne qui ne se fait que très rarement l'oublier.
On peut isoler, pour les patients souffrant d'acouphènes, des mots qui reviennent très régulièrement des comportements assez fréquents, avec irritabilité, besoin de remuer les jambes, mal au dos, sensation de fatigue, absence de tranquillité intérieure, lassitude, agitation, tension, inquiétude ...Leur présentation est d'autant plus insistante que la tolérance est mauvaise.